Le Journal de Buchenwald

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Voilà une histoire touchante et émouvante. Un historien, Olivier Lalieu,  fut un jour contacté par une femme et son mari qui avaient trouvé dans le grenier une caisse en bois où était entreposé depuis 70 ans un journal intime. Mais là où l’histoire devient troublante c’est que ce journal intime est celui écrit par le grand-père de la dame en question, un journal écrit au jour le jour dans le camp de concentration de Buchenwald. Et ce journal sort aujourd’hui en librairie.

Jour après jour, et cela durant deux ans, en cachette Jean Hoen notera la vie qu’il voyait autour de lui dans ce camp de Buchenwald. Arrivé  le 3 septembre 1943 il a alors 58 ans. Il est ancien combattant de la Grande Guerre, menuisier-ébéniste de formation et résistant. Il a été dénoncé mais il veut témoigner en conscience de ce qu'il vit et voit. Classé parmi les "invalides" il est exempté des tâches les plus rudes souvent fatales aux prisonniers, ce qui lui laisse la possibilité de devenir un témoin de l'Histoire. Jusqu’à son évasion, quelques jours avant la libération du camp par les Américains, et son retour à Paris le 15 mai 1945, il met un point d'honneur à poursuivre et clore son « reportage vécu ».

Jean Hoen, ancien combattant de la guerre de 14 était un homme qui en avait déjà beaucoup vu et beaucoup vécu, habitué à une certaine dureté il semble avoir eu le recul nécessaire pour se poser en observateur et consigner ainsi ce qu’il voyait. Il fit ainsi partie des 25 000 français déportés, se retrouvant avec des prisonniers de toutes les nationalités qui les traitaient très mal et leur reprochaient d’avoir perdu la guerre en 40.  Il écrit ainsi : « Ces polonais affectés aux services de la désinfection prenaient un plaisir sadique à bousculer tous ces malheureux ». Certains survivants des camps confirment l’animosité dont ont souffert les français accusés d’avoir laissé tomber les autres pays en signant la paix avec l’Allemagne.

Plusieurs questions se posent quant à ce témoignage bouleversant. Comment Jean Hoen a-t-il fait par exemple pour se procurer du papier et de l’encre ? On sait que certains prisonniers recevaient des colis de leur famille et Jean Hoen réclamait des cartouches de cigarettes alors qu’il ne fumait pas. Il a certainement réussi à échanger ces cigarettes contre de l’encre et du papier et pouvoir ainsi  continuer son travail de rapporteur de la vie dans le camp de Buchenwald.

Ce témoignage aussi brut qu'exceptionnel est aujourd'hui publié pour la première fois. Cet ouvrage, co-écrit avec Olivier Lalieu, l’historien cité plus haut et auteur de La Résistance française à Buchenwald, 2012, est illustré par des dessins originaux de Ralph, compagnon de déportation de Jean Hoen, et est suivi de photos prises par les Américains à la libération du camp, en avril 1945.

K.L.B. Journal de Buchenwald (1943-1945) de Jean HoenEditions PUF (Presses universitaires de France)


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